Nous sommes de ceux qui disent non à l’ombre – Création à La Loge

Nous sommes de ceux qui disent non à l’ombre

La Compagnie Nova

Mise en scène Margaux Eskenazi

Traversée poétique, politique et musicale des auteurs de la négritude (Césaire, Senghor, Damas) au Tout-Monde (Glissant), du negro-spiritual au début du Hip Hop, cette création rend hommage à l’héritage des pensées. Nous essayerons de nous souvenir ensemble pour réinvestir notre présent.
Composé de scènes écrites au plateau, de lectures poétiques et d’interviews politique de ces auteurs, ce spectacle matériau vise à traverser deux histoires des idées intimement mêlées des années 1930 à aujourd’hui : celle de la pensée et celle de la musique autour d’une question principale. Comment la langue française devient une arme de combat et construit nos identités ?      Ce chaos-opéra porté par quatre comédiens et un musicien, constitue un véritable manifeste des poétiques, un refus de la langue unique, de la langue dominante. Esquisse des imaginaires de l’humanité pour y dessiner notre créolité.

Nous sommes de ceux qui disent non à l’ombre est le premier volet d’un diptyque, écrire en pays dominé, le second volet sera crée sur la saison 2018/2019, d’après les textes d’Aimé et Suzanne Césaire, Léopold Sédar Senghor, Léon-GontranDamas, Patrick Chamoiseau, les soeurs Nardal et Édouard Glissant.

« Comment écrire alors que ton imaginaire s’abreuve, du matin jusqu’aux rêves,
à des images, des pensées, des valeurs qui ne sont pas les tiennes ?
Comment écrire quand ce que tu es végète en dehors des élans
qui déterminent ta vie ?
Comment écrire, dominé ?
Qu’ont, littératures, prévu pour toi ? Qu’ont-elles sédimenté au fil du temps pour
toi qui suffoques sous cette modernité coloniale ? »
Patrick Chamoiseau, Écrire en pays dominé


Intentions du metteur en scène

« Je souhaite aborder au plateau deux histoires intimement liées : celle de la pensée et de la poésie – de Césaire, Senghor, Damas à Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau / de la négritude au Tout-Monde et à la créolité – et celle de la musique – du negro-spiritual au début du Hip Hop (le jazz-rap). C’est dans cet imaginaire des langues et dans l’interdépendance des sons et des mots, des mouvements de pensées et des mouvements musicaux que naîtra le spectacle.
La matière première du plateau ne sera pas des textes dramatiques mais une diversité des sources textuelles et sonores : entretiens, poésie, discours, provenant d’un panorama littéraire multiple (Aimé Césaire, Suzanne Césaire, André Breton, Damas, Glissant, Chamoiseau…). Cette diversité nous permettra d’alterner les différentes mises en jeu de l’acteur : quel corps mis en danger pour quelle prise de parole? Nous passerons de scènes de fiction improvisées qui rejouent devant nous ces moments d’ébullition intellectuelle et de révolte, à une parole brute d’entretien et enfin à une parole poétique abstraite.
Intimement liée à cette écriture, la partition musicale de ce spectacle sera essentielle : poèmes mis en musique, reprise de numéros de cabaret et chanson a cappella. En effet, on ne peut ni comprendre ni jouer ni transmettre ces mots sans chanter et jouer cette musique. L’histoire de la pensée et l’histoire de la musique se comprennent ensemble. Et c’est bien cette dialectique qui traversera le spectacle : la naissance d’une écriture, d’une poésie, qui va de pair avec l’histoire de la musique, du negro-spiritual au jazz. Les comédiens seront tour à tour acteurs, chanteurs, musiciens. Les mots et les sons seront pensés ensemble pour raconter l’Histoire et donner à entendre la puissance de leur langue et de leur combat.
Loin de toute volonté d’universalisme, pour reprendre les mots d’Edouard Glissant nous espérons enfanter des idées: « La poésie ne produit pas de l’universel, non, elle enfante des bouleversements qui nous changent.» Car une telle matière n’a de sens que si chaque spectateur/citoyen se l’approprie en la revendiquant dans son quotidien. Alors, nous, acteurs/citoyens, aurons été des passeurs. »

Un spectacle matériau

« Je m’attaquerai à une matière textuelle riche (entretiens, Cahier d’un retour au pays natal, Discours sur la colonialisme, préface au Cahier d’André Breton, entretien de Suzanne Césaire, poèmes de Senghor, Black Label de Damas, Eloge de la créolité de Chamoiseau, Traité du Tout-Monde de Glissant….) qui donnera naissance à un spectacle matériau en trois temps.
La première partie s’appuiera à recontextualiser leur jeunesse dans cette époque sous plusieurs portes d’entrée. Grâce à des scènes de jeu fictionnelles et une direction d’acteur très incarnée, nous nous amuserons à jouer les personnages Césaire, Damas, Senghor, Paulette Nardal et donner à voir et à entendre leur quotidien. Nous plongerons le spectateur dans le plaisir de la reconstitution historique, la (re)découverte d’une mémoire collective à travers les numéros de cabaret américain de Jim Crow des années 30, l’effervescence intellectuelle et musicale des salons des soeurs Nardal sur fond de ragtime et de blues des bals nègres… Un important travail sur les images d’archives, les sons et les mots de l’époque, nourrira les improvisations de cette première partie.
Puis, nous reproduirons la parole de l’interview, cette parole brute et dans le vif de la pensée. Sans filtre entre l’acteur et le spectateur, face public, l’acteur sera dans le plaisir de la transmission loin de toute caricature d’incarnation. L’enjeu ne sera plus « jouer à » mais « dire à ».
Nous travaillerons sur le présent de la représentation pour trouver la parole juste et précise de Césaire quand il fait le récit de son enfance martiniquaise et dans celle d’André Breton quand il raconte le choc à sa première lecture du Cahier d’un retour au pays natal. Nous assumerons la pensée et réfléchirons aux conditions de jeu pour la donner à entendre et comprendre au public de la manière la plus entière possible.
Enfin, nous nous affranchirons des codes du théâtre pour toucher à la quintessence poétique du texte de Césaire à travers des passages du Cahier d’un retour au pays natal ou de Black-Label de Damas. La voix de l’acteur arrivera à un souffle poétique, à une musicalité. Nous toucherons alors aux limites du théâtre avec l’impossibilité de jouer le personnage – au sens strict du terme. Nous assumerons la poésie des profondeurs pour être au plus prêt d’une parole originelle : «La poésie, c’est la parole rare, mais c’est la parole fondamentale parce qu’elle vient des profondeurs, des fondements très exactement, et c’est pour ça que les peuples naissent avec la poésie.»
Hors du réel, hors du contexte historique, la totalité de la langue s’établit tout autant dans la victoire déclarée du poétique, que dans un travail assumé sur un jeu qui sera de l’ordre de l’abstraction. »

Margaux Eskenazi

Eva Rami " nous sommes de ceux qui disent non à l'ombre

« Nous sommes de ceux qui disent non à l’ombre »
Mars 2017 à 21h00
Théâtre La Loge à Paris


Distribution:
Avec: Armelle Abibou, Yannick Morzelle, Raphael Naasz, Christophe Ntaka, Eva Rami
Mise en scène: Margaux Eskenazi
Dramaturgie: Alice Carré
Costumes: Sarah Lazaro
Création lumières: Mariam Rency
Production: Compagnie NOVA
Adaptaté de textes d’Aimé et Suzanne Césaire, Léopold Sédar Senghor, Léon-Gontran Damas, Patrick Chamoiseau, les sœurs Nardal, Edouard Glissant

Eva RAMI

Du 21 au 24 Mars et du 28 au 31 Mars2017 à 21h00
Théâtre La Loge, Paris

dossier de presse

Consulter l’article pleine page paru dans l’humanité le 27/03/17
Télécharger l’article de Marie José Sirach paru le 27 mars 2017 dans l’Humanité

Eva Rami Cie Nova
Nous sommes de ceux qui disent non à l’ombre

© Loic Nys